L’indemnité de précarité versée à l’issue d’un contrat à durée déterminée (CDD) ne peut être récupérée, même si ce contrat est ultérieurement requalifié en contrat à durée indéterminée (CDI). Par un arrêt du 24 septembre 2025 (Cass. soc., n°24-15.812), la Cour de cassation réaffirme ce principe protecteur pour le salarié. Cette décision, conforme à une jurisprudence constante, confirme que cette prime n’est pas remboursable après coup, car elle répond à une logique indemnitaire claire : compenser une période de précarité effectivement vécue.

Un droit définitivement acquis au salarié

L’indemnité de précarité, fixée par l’article L1243-8 du Code du travail, vise à compenser l’instabilité inhérente aux CDD. Elle est due, sauf exceptions expressément prévues, lorsque le contrat n’est pas immédiatement suivi d’un CDI. La Cour de cassation rappelle que même en cas de requalification, cette indemnité demeure acquise. Le salarié a bel et bien travaillé sous un régime temporaire, sans garantie de stabilité. Ce vécu justifie l’indemnité, indépendamment de la requalification postérieure. Le droit du travail distingue ici clairement entre la réparation d’un préjudice économique et la régularisation juridique d’un contrat.

Requalification du contrat : des effets sans incidence sur la prime

La requalification d’un CDD en CDI entraîne des effets rétroactifs sur l’ancienneté, les droits à indemnité de rupture ou encore les rappels de salaire. Mais elle n’annule pas la précarité vécue durant le CDD. La Cour de cassation, dans sa décision du 24 septembre 2025, rejette la tentative d’un employeur qui réclamait la restitution de la prime. Elle souligne que cette indemnité ne peut être effacée par une requalification. Ce principe repose sur une lecture stricte de la loi et une logique de sécurité juridique : un droit versé au titre d’un contrat régulièrement exécuté ne peut être remis en cause a posteriori.

Sécuriser les pratiques RH pour éviter les litiges

Les employeurs doivent redoubler de vigilance dans la gestion des CDD. Toute tentative de reprise de l’indemnité de précarité peut être sanctionnée, notamment pour exécution déloyale du contrat. Pour prévenir les requalifications, le recours au CDD doit reposer sur un motif objectif, et le formalisme du contrat doit être scrupuleusement respecté. La Cour protège ici non seulement le salarié, mais rappelle aux entreprises leur devoir de conformité dans la gestion des contrats temporaires.
 
Cette décision illustre une continuité dans la jurisprudence sociale : la protection du salarié prévaut sur les considérations techniques de requalification. L’indemnité de précarité, en tant que compensation salariale d’un état d’incertitude vécu, conserve toute sa légitimité. Elle ne saurait être remise en cause au gré d’évolutions juridiques postérieures. Pour les employeurs, cette position implique rigueur et anticipation dans la gestion des CDD, sous peine de devoir assumer, en plus de la requalification, l’ensemble des droits qui en découlent.
 
Source : Cass. soc., 24 sept. 2025, n°24-15.812